Archives départementales de l'Indre

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Anne Berthon (XVIIIe siècle)

Procès d'Anne Berthon (Archives départementales de l'Indre, 1 B 466)

Le 12 juillet 1779, le procureur du Roi condamne Anne Berthon à trois ans de réclusion au dépôt de Bourges. Cette berrichonne, mariée à un certain Benoît Jolly, marchand à Levroux, est accusée de pratiques superstitieuses et pour être annoncée comme devineresse.


Elle a été arrêtée le 26 mai puis enfermée à la prison de Levroux. Dans les diverses pièces de la procédure conservée aux Archives départementales de l’Indre il est rappelé que cette femme a été détenue prisonnière car elle faisait trouver les choses les plus cachées, paraître sorcier quand elle voulait et autres extravagances qui ne pouvaient être attribuées qu’à un dérangement de l’esprit. Lors de sa condamnation, le procureur du roi lui signifie que deffense lui soit faite lorsqu’elle aura recouvrée la liberté d’administrer aucun remède soit aux hommes, soit aux animaux même de tenir aucun propos... qui peut persuader à la crédulité du peuple qu’elle a des talents fort naturels comme de découvrir des choses les plus cachées et de faire paraître des sorciers. Anne Berthon se retrouve ainsi condamnée par le procureur du roi après une enquête menée grâce à plusieurs témoignages d’habitants de Levroux. Ceux-ci évoquent tout à tour des appels de la dite Joly « au Saint-Esprit », des tentatives pour soigner des chevaux, des messes mais aussi parfois l’application « d'emplâtre » sur la peau. Un témoignage lui a sans doute été particulièrement défavorable : c’est celui d’Etienne Borget, un paroissien de La Champenoise. Il affirme en effet qu’il y a environ trois ans, Anne Berthon est venue chez Mathurin Guéritault, son beau-frère, qui souffrait alors d’une maladie de langueur. Après avoir examiné le malade, elle aurait assuré que c’était un sort et qu’elle pourrait le guérir moyennant 24 livres. On ne sait pas si le malade paya mais son cas se compliqua alors Anne Berthon préconisa un traitement à base d’urine. Hélas, Mathurin Guéritault finit par mourir !

 

La condamnation d’Anne Berthon reflète bien les mœurs judiciaires en cette fin du XVIIIe siècle : ici le procureur du roi l’emprisonne afin de l’empêcher d’abuser de la crédulité des villageois et non parce qu’il est convaincu qu’elle est une sorcière. Ainsi, l’esprit de Descartes et des Lumières triomphe alors que les bûchers de sorcellerie se sont éteints depuis plus d’un siècle dans le royaume de France. Désormais les élites cultivées considèrent que la sorcellerie est une sorte de chimère, de folie qu’il faut davantage soigner – le procureur ne parle-t-il pas d’« un dérangement de l’esprit » pour Anne Berthon ? - plutôt que de réprimer. Malgré tout un élément perdure depuis le XVIe siècle : l’accusée est une femme ! En effet, les autorités ecclésiastiques et laïques sont entre les mains d’hommes qui ont toujours considéré ces filles d’Eve comme des êtres soumis à leurs passions et débordements. Ce monde des élites alors très masculin cherche également à éradiquer les croyances populaires « superstitieuses » véhiculées par les femmes dans un monde qui pourtant devient de plus en plus rationnel.

 

(Dossier préparé par Carole Fresneau, professeur détaché aux Archives départementales de l'Indre). - Source : Archives départementales de l'Indre, 1 B 466.

Procès d'Anne Berthon (Archives départementales de l'Indre, 1 B 466) Procès d'Anne Berthon (Archives départementales de l'Indre, 1 B 466)

Pour En savoir plus

Les documents relatifs à la condamnation d'Anne Berthon se trouvent dans le fonds du bailliage de Châteauroux, qui l'a jugée en 1779. Il s'agit de l'une des principales juridictions royales situées dans l'actuel département de l'Indre.

 

Les fonds des juridictions d'Ancien régime, comme ceux des juridictions contemporaines, sont très précieux pour l'histoire sociale et culturelle : les procédures criminelles, notamment, témoignent de l'évolution des mentalités à travers la différence d'appréciation, en fonction des époques, de ce qui constitue un acte criminel.


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