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Céleste Mogador (1824-1909)

Céleste Mogador (Atelier Nadar) - Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53104378g (détail)

Née à Paris le 27 décembre 1824, Céleste Venard est la fille d'un artisan chapelier, qui meurt alors qu'elle n'a que six ans. Très indépendante, elle préfère les jeux des garçons à ceux des filles, et fuit l'école pour flâner dans la rue, dans le quartier du boulevard du Temple. Elle subit ensuite, ainsi que sa mère, la violence des compagnons successifs de cette dernière. Après avoir subi une tentative de viol de la part de son second beau-père, Céleste s'en ouvre à sa mère, qui pour toute réponse envisage de la marier. A ce mariage forcé, elle préfère la prostitution, et figure de ce fait dès l'âge de seize ans sur le registre de la préfecture de police, sous le numéro 3748 : "J'étais inscrite sur ce livre infernal d'où rien ne vous efface, pas même la mort", écrira-t-elle plus tard à ce sujet.

 

Céleste aspire en effet à changer de condition. Malade, elle doit quitter le bordel, et recouvre la santé grâce à une donation de l'un de ses clients. Elle rêve de devenir actrice, mais les quelques rôles qu'elle obtient ne suffisent pas à assurer sa subsistance. Excellente danseuse, elle attire grâce à son cancan autrichien un public nombreux au bal Mabille. S'étant initiée à l'équitation, elle donne un spectacle équestre qui connaît également un grand succès. Elle gagne vers cette époque son surnom de Mogador, en référence à la ville marocaine de ce nom (aujourd'hui Essaouira), lieu d'une bataille en 1844. Grâce à ces succès, Céleste réussit à s'élever au rang de courtisane, et à fréquenter les "gens du monde".

 

Une chute de cheval met un frein à sa carrière. Oubliée, redevenue prostituée de rue, Céleste passe par des tentations suicidaires. Elle fait cependant la connaissance d'une jeune noble dépensier et endetté, Lionel de Chabrillan, héritier du château du Magnet à Mers-sur-Indre. S'ensuit une liaison houleuse. Céleste alterne les séjours en Berry et à Paris, où elle fréquente les salons et rencontre notamment Gautier, Flaubert et Dumas. Afin de disposer de son propre pied-à-terre, elle fait l'acquisition d'une maison, l'Ermitage de la Maison Rouge, au Poinçonnet. Pousuivi par ses créanciers, Lionel de Chabrillan accepte en 1852 un poste de consul en Australie. Il en revient en 1854 et épouse alors Céleste à Londres, avant de repartir avec elle en Australie. Une photographie des frères Mayer la montre à cette époque. La parution des Mémoires que venait de rédiger Céleste rendra cependant sa position de consul difficile. Céleste revient rapidement en France tandis que Lionel meurt en 1858. N'ayant pas les moyens de faire revenir le corps de son époux d'Australie, elle fait ériger une croix sur la route conduisant du Poinçonnet à la forêt de Châteauroux. La famille de Chabrillan lui propose une rente en échange de sa renonciation à son titre de comtesse de Chabrillan, ce qu'elle refuse.

 

Une nouvelle phase de la vie de Céleste commence alors. Contrainte de vendre sa maison du Poinçonnet, elle s'installe de nouveau à Paris, où elle entame une carrière de romancière et autrice de théâtre : Les Voleurs d'or (1857), inspiré de son voyage en Australie, reçoit un bon accueil critique. Suivront entre autres Emigrants et déportés (1876) et La Duchesse de Mers (1881). Elle écrit également des poèmes et des chansons. En 1862, elle achète le théêtre des Folies-Marigny, qui ferme cependant après deux saisons.

 

Durant la guerre de 1870, Céleste Mogador se détourne du théâtre pour créer les "soeurs de France", un groupe de femmes se consacrant aux soins aux blessés. Elle écrit ainsi au gouverneur de Paris : "Il y a dans la capitale des milliers de femmes énergiques et fortes, appartenant à toutes les classes et surtout à celle du peuple laborieux qui, sur un mot de vous, sont prêtes à former une légion et à se rendre par divisions à tous les postes qui leur seront indiqués". Après la guerre, elle entreprend de transformer en orphelinat pour les enfants alsaciens sa propriété du Vésinet. Elle abandonne le théâtre, reprend en revanche l'écriture de romans. Elle passe les dernières années de sa vie dans le dénuement et s'éteint à Paris le 18 février 1909. Elle est inhumée au cimetière du Pré Saint-Gervais sous son seul prénom, "Céleste". Ses restes ont été transférés au Poinçonnet en 1993.

 

(Dossier préparé par Anne Gérardot - Archives départementales) - Sources : Biographies berrichonnes - biographie établie par la délégation aux droits des femmes.

 

 

Céleste Mogador (Archives départementales de l'Indre, 48 J 2 B 1863) Moulage de la main de Céleste Mogador (Archives départementales de l'Indre, 48 J 2 B 1864) Céleste Mogador (Archives départementales de l'Indre, 48 J 2 B 1857) Céleste Mogador (Archives départementales de l'Indre, 48 J 2 B)

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