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Découvertes

Catherine Worlée (1761-1834)

Catherine Worlée, princesse de Bénévent, copie de son portrait par Elisabeth Vigée-Lebrun (détail) - Collections du château de Valençay (cliché Château de Valençay - Michel Chassat)

Le château de Valençay est un lieu passionnant à différents titres mais notamment parce qu’il est associé à des personnalités complexes. Outre le prince de Talleyrand, diplomate caricaturé à l’excès et qui a été propriétaire du lieu pendant 35 ans, deux femmes se trouvent également dans son sillage, la jeune duchesse de Dino, sa nièce, toujours décrite comme remarquablement intelligente, élégante et raffinée, et la princesse de Bénévent, sa femme, souvent réduite à la très belle sotte, la caricature encore et toujours.

Le château de Valençay, loin de se satisfaire de cette lecture de l’histoire, travaille actuellement avec deux chercheurs passionnés par la vie de cette femme avec la volonté d’apporter un autre éclairage et des nuances à la rumeur. Aussi une exposition est-elle prévue en 2020 sur la princesse de Talleyrand, femme dont la vie a véritablement été aussi palpitante que pittoresque à bien des égards, et qui loin d’être idiote a réussi à être l’une des femmes les plus remarquées de son temps.

 

Née à Tranquebar en Inde en 1761, elle a passé son enfance entre Pondichéry, Chandernagor et la Bretagne. Son père, breton d’origine, travaillait au service de la compagnie des Indes.

Dotée d’une beauté remarquable, elle est dès ses 15 ans l’objet de toutes les convoitises, se marie avec Georges François Grand, employé de la compagnie des Indes Anglaises, et le couple s’installe dans la bruyante et brillante Calcutta.

Catherine quitte son mari peu de temps après pour s’installer à Londres puis à Paris où elle fréquente le milieu aristocratique et mondain des années 1780. Très appréciée des milieux parisiens, Catherine fréquente les théâtres, les maisons d’opéra et pratique la musique comme le prouve notamment le très beau portrait peint par Elisabeth Vigée Le Brun, une partition à la main.

La Révolution l’a conduite à fuir Paris pour retourner à Londres. Catherine vit alors dans les milieux d’émigrés remplis d’intrigues et de personnalités troubles et influentes.

A son retour à Paris en 1797 elle retrouve Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, croisé certainement à Londres plus tôt. Il est devenu Ministre des Relations Extérieures et sauve la belle indienne soupçonnée d’espionnage. Charles-Maurice en tombe amoureux et la demande en mariage ! De nombreuses péripéties interviennent autour de cet événement.

Charlotte, leur fille adoptive par obligation car née avant leur mariage, est élevée au château de Valençay à la suite de son achat en 1803. Catherine devient princesse de Bénévent en 1806 et fonde une maison d’éducation pour jeunes filles au sein du château de Valençay.

Elle vit heureuse et prend pleinement la mesure de son domaine. La princesse sera une véritable maitresse de maison notamment à l’occasion de la venue des Princes d’Espagne exilés à Valençay pour 5 ans. Elle succombera d’ailleurs au duc de San Carlos, chambellan du prince Ferdinand, avec qui elle aura une relation extrêmement forte sa vie durant.

En 1814, le congrès de Vienne sonnera le glas du couple Talleyrand. Catherine doit quitter Valençay et Charles-Maurice installe Dorothée sa nièce dès son retour de Vienne en 1816.

Les tribulations d’un couple au bord de la rupture n’épargnent pas les Talleyrand qui auront une correspondance juridique et financière abondante, tout se négocie.

Catherine poursuit une vie relativement mondaine, tenant salon et recevant des femmes et des hommes de lettres.

Elle s’éteint à l’âge de 74 ans dans l’indifférence générale mais en tant que princesse de Talleyrand, titre qu’elle sera la seule à avoir porté chez les Talleyrand-Périgord.

Femme libre, aventurière, musicienne, cultivée, mondaine, elle n’a jamais fait l’objet d’un ouvrage, d’une exposition, d’une conférence… il est temps de remédier à cela.

 

(Dossier préparé par Sylvie Giroux, directrice du château de Valençay)

Catherine Worlée, princesse de Bénévent, copie de son portrait par Elisabeth Vigée-Lebrun - Collections du château de Valençay (cliché Château de Valençay - Michel Chassat)

Pour aller plus loin

Visite du château de Valençay

 

Consultez en ligne les portraits de la princesse de Bénévent conservés aux Archives départementales


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