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Elisabeth Aubailly (1921-2015)

Elisabeth Aubailly (avec l'aimable autorisation de la famille Aubailly)

Elizabeth Aubailly née Thiesse est née en Meuse en 1921, deuxième enfant de Marguerite et Georges Thiesse, bouchers charcutiers à Lacroix-sur-Meuse, parmi 5 frères et sœurs. Elle sera une élève brillante et ira jusqu’au brevet à Verdun. C’est dans ces années qu’elle s’est forgé une inépuisable curiosité intellectuelle.

 

Quand la seconde guerre mondiale éclate, elle a 18 ans, et entend avec effroi les harangues nazies à la radio. L’énergie de sa jeunesse trouvera son débouché au sortir de la guerre en s’engageant à fond dans la Jeunesse Agricole Catholique. Il fallait reconstruire le pays, et permettre aux paysans de prendre en main leur destin dans un monde en peine mutation. Elle trouvera à la JAC Féminine le cadre amical, intellectuel et d’actions pour mettre en œuvre son besoin de militer pour le progrès social, de se former, et de vivre sa foi en l’incarnant dans du concret. Élisabeth faisait partie de ces personnalités enthousiastes et visionnaires pour leur profession et pour leur pays qu’elles situent d’emblée dans une Europe enfin pacifiée. Que les paysans ne soient pas les oubliés du développement économique, social et culturel, qu’ils puissent se dégager du temps pour se projeter dans l’avenir ou tout simplement accéder aux loisirs et à la culture auxquelles les autres catégories socio-professionnelles goûtaient déjà, que les jeunes couples d’agriculteurs puissent construire leur vie familiale et professionnelle en plus grande autonomie des parents.

 

Les femmes prennent toute leur place dans ce projet, luttent et imaginent pour que soit reconnu leur travail dans les exploitations agricoles, leur contribution à la qualité de vie, leur rôle dans le monde rural … La vie d’Élisabeth sera marquée par cet engagement, comme militante et responsable dans la Meuse puis comme rédactrice à la Revue de la JACF Promesse, et c’est à cette source qu’elle reviendra toujours pour avancer.

 

Puis ayant dépassé l’âge limite des organisations de jeunesse (35 ans !), il lui fallut passer à autre chose. Ayant goûté au bouillonnement intellectuel des années 60 durant ces années parisiennes, elle s’embarque pour un parcours universitaire à la Sorbonne ; Elle travaillera au lancement de la Revue Paysans, puis reviendra s’installer à Lacroix sur Meuse avec un élevage de poulets.

 

Elle rencontre un jeune agriculteur du Berry, Bernard Aubailly, qu’elle épouse en 1961 et avec qui elle s’installe à Thevet Saint Julien au Domaine de La Pouzerie (dont cette fois, elle ne bougera plus !) . Ils développent l’exploitation de polyculture-élevage bovins et ovins (avec des poulets au départ).

 

Fervents adeptes du travail en commun, ils créeront et développeront la CUMA des Chottes pour la moisson, puis celle de l’Igneraie pour l’ensilage. Échanges au sein du CETA, groupement de producteurs viande et Coopérative des agriculteurs de l’Indre pour les céréales, syndicalisme agricole local et départemental, leur vie sera tissée des projets et des difficultés de cette période bouleversante pour l’agriculture française, des années 60 à la fin des années 90.

 

Élisabeth s’engage à la Commission féminine de la FDSEA de l’Indre, aux côtés d’agricultrices de tout le département. Elle en sera la première présidente en 1969. Elle se passionne notamment pour la maîtrise de la comptabilité en partie double, va se former à l’IFOCAP. Elle sera une des premières à se mettre à la comptabilité sur informatique.

 

Cependant, cette période porte en germe des temps difficiles pour l’agriculture. Son époux décédera en 1998, laissant Élisabeth seule à la barre sur l’exploitation pour la dernière année. Elle la mènera à bon port avec courage et avec le soutien attentif de nombreux voisins et amis, et prendra sa retraite en 1999.

 

Élisabeth vivra alors une retraite toujours active, heureuse des joies qu’elle rencontrait, aimant rencontrer et partager, elle lisait beaucoup, les livres comme la presse, notamment l’Aurore Paysanne pour rester informée de ce qui se passait en agriculture.

 

(Dossier préparé par Valérie Durand, déléguée départementale aux droits des femmes et à l'égalité entre les femmes et les hommes / DDCSPP). Source : informations transmises par la famille d'Elisabeth Aubailly. Photographie avec l'aimable autorisation de la famille Aubailly.

Elisabeth Aubailly (avec l'aimable autorisation de la famille Aubailly)

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